"Il existe bien des univers dans les nœuds et les boucles du temps. Ils se croisent rarement et, pour la plupart, demeurent inconnus les uns des autres. C’est seulement en Fionavar, la
création originelle dont toutes les autres sont le reflet imparfait, qu’a été rassemblé et sauvegardé le savoir qui permet de passer d’un univers à l’autre, mais les années n’ont pas épargné
l’ancienne sagesse."
Voilà, ça faisait longtemps que je n'avais rien écrit, et je me rattrape un peu aujourd'hui en vous présentant une trilogie que j'ai dévorée, même si elle
n'est pas exempte de défauts. Bonne lecture!
Ze author
Au pays du bois d’érable, des pancakes et des tabernacles, on ne peut rien faire comme tout le monde. C’est ainsi qu’en
1954, à la naissance de leur fils chéri, M. et Mme Kay se disent que Guy, ça fait ringard, et Gavriel, ça fait original.
Et c’est ainsi que commence la vie de notre auteur qu’on aime, Guy Gavriel Kay. Traumatisé par ses prénoms, le petit Gavriel
tourne mal, et au lieu de se lancer dans la théologie et les cultes satanistes, il préfère commencer une carrière de philosophe. Il se tourne ensuite vers des études de droit, ce qui est une très
bonne voie pour entrer dans la littérature, il faut l’admettre.
Il devient donc scénariste pour Scales of Justice de 1982 à 1989, une série produite par Radio-Canada, bénéficiant
d’un budget colossal et d’effets spéciaux impressionnants encore jamais vus à la radio !
Guy Gavriel Kay tente d'hypnotiser Jérôme Bonaldi
Au même moment, il commence à rédiger ses premiers romans, c’est-à-dire les trois volumes de La Tapisserie de
Fionavar. On ne va pas s’étaler dessus pour l’instant. Il faut quand même préciser que la trilogie est très bien accueillie et le deuxième volume, Le Feu vagabond, reçoit le prix
Casper du roman anglais en 1987 (le prix Casper a depuis été renommé prix Aurora…).
Par la suite, Gavriel continue d’écrire et développe un univers plus personnel, qui marie avec bonheur le genre de la
fantasy et le roman historique, notamment dans Les Lions d’Al-Rassan et Tigane, pour lequel il reçoit encore une fois le prix Aurora en 1991.
Les livres de notre Canadien préféré (après Roch Voisine évidemment) ont été traduits dans le monde entier, ce qui fait
de lui l’un des auteurs du pays à la feuille d’érable les plus lus actuellement.
Parmi ses hobbies, il adore, je cite : « Courir nu dans la neige en compagnie de Couillu le Caribou et de Roch
Voisine, ce dernier uniquement vêtu de sa guitare, et demander à Natasha St-Pier de pomper plus fort parce qu’il sent monter la sève, sous le regard attendri de René qui
tente de refaire un gosse à Céline, le tout en beuglant à tue-tête ‘Tabernacle !!’.
Maintenant, voyons voir La Tapisserie…
Ze Synopsis
Exceptionnellement, je vais faire un résumé par livre, donc attention aux spoilers ! Je vais quand même demeurer
très vague, pour ne pas gâcher votre plaisir. Go go go !
Tome 1 : L'Arbre de l'Eté (The Summer Tree)
Ils sont cinq pour défendre la Terre. Ils n’ont pour cela que leur courage, il est inscrit sur chaque trait de leur
visage : on les appelle Les Samouraïs de l’Eternel !
Oups, mince, désolé, je me trompe d’intro >_< Il n’empêche que je suis dégoûté, je n’ai jamais vu la fin des
Samouraïs de l’Eternel…Enfin…
Ils sont cinq jeunes de Toronto, hommes et femmes, étudiants ou déjà dans la vie active, modernes et bien de ce monde. Et puis
un soir, comme ça, ils rencontrent un type qui leur dit qu’il est un mage et qu’il a besoin d’eux, et un nain qui dit être « la source » du mage… Mouais, pas crédible tout ça, me
direz-vous… Et bien, ni une ni deux, voilà-t’y-pas que nos jeunes gens décident de suivre ces deux personnages louches dans un autre monde, à savoir Fionavar, le Grand Univers, où se déroule une
guerre sans merci entre les gentils et les méchants (en gros). En effet, Sauron…Euh, non, lui, c’est un autre bouquin… Je veux dire, Rakoth Maugrim, le dieu renégat, a trouvé le moyen de se
libérer de sa prison millénaire. Rakoth Maugrim donc, décide de s’attaquer tout d’abord au royaume de Brennin, puisque le vieux roi n’a pas renouvelé le pacte avec les dieux en se sacrifiant sur
l’Arbre de l’Eté. Pour sauver le royaume d’une fin certaine, il faut que le vieux roi se sacrifie, ou que quelqu’un se sacrifie à sa place. Tadaaam!
Tome 2 : Le Feu vagabond (The Wandering Fire)
Attention, spoilers!!!!!
Kim est devenue la grande prêtresse du Brennin et décide de retourner sur Terre, à Stonehenge, pour aller demander l’aide du
légendaire roi Arthur Pendragon, seul capable d’affronter à Rakoth Maugrim. Pendant ce temps, le grand méchant plonge Fionavar dans un hiver éternel. Pour contrer cette malédiction, ils doivent
combattre sa source, c’est-à-dire Metran, autrefois premier mage du Brennin, maintenant allié des Ténèbres. Pour ce faire, ils doivent faire appel à des héros mythiques, et faire revivre le
passé, malgré la douleur (oui, ils ont déjà Arthur, donc ils vont trouver Lancelot, ce salaud, pour recommencer l’histoire de la reine adultère et tout ça…Pfff…)
Tome 3 : La Voie obscure (The Darkest Road)
Attention, spoilers!!!!!
Lors de la bataille contre Metran, le mage Loren Mantel d’Argent a perdu tous ses pouvoirs. Il décide donc
d’aider son ancienne Source, le nain Matt Soren, a reprendre le trône des nains, qui lui revient de droit, afin d’empêcher que son peuple ne se tourne du côté des méchants.
On assiste aussi à la bataille finale qui, comme d’habitude, semble être méchamment à l’ avantage de Rakoth Maugrim,
qui a quand quelques buts d’avance. Mais c’est sans compter l’entrée en cours de jeu de Darien, son fils issu du viol de
petit tricheur
(grattez votre écran pour lire ce qui est écrit en-dessous !). Que va-t-il se passer ? Arthur parviendra-t-il à conserver Guenièvre ? Lancelot apprendra-t-il à
respecter son roi, à être un chevalier avant d’être un coureur de jupons ? Rakoth Maugrim remportera-t-il la coupe de Méchant de l’Année ? Jouera-t-il son dernier atout, à savoir le
nain Nicolatt Sarkozen, pour semer le trouble chez les nains et les lios alfars ? Vous le saurez en lisant la trilogie de Guy Gavriel Kay !
Ce que j'en pense
Hmm…Alors, je vais être clair et net : je conseillerai La Tapisserie de Fionavar a toute personne qui n’a
jamais lu d’heroic-fantasy, et même à ceux qui en ont lu un gros paquet. Evidemment, si on est un tant soit peu critique, on ne peut que constater les similitudes frappantes existant
entre cette trilogie et la trilogie la plus célèbre du monde, Le Seigneur des Anneaux :
-
- La découpe des trois volumes ressemble beaucoup à l’organisation de l’œuvre de Tolkien (même si, je le répète, Tolkien avait tout écrit d’une
seul pièce), à savoir volume 1 : présentation/volume 2 : bataille importante, les gentils gagnent, mais la situation est désespérée/volume 3 : rien ne semble pouvoir arrêter le
grand méchant, il y a une grande bataille rangée entre les armées et en même temps, une personne qui s’infiltre chez le méchant et qui apporte la victoire.
-
- Le grand méchant est un grand méchant, un dieu renégat
-
- Euh…Les orques, les elfes, les nains…
Et puis… Ben en fait, c’est tout, vraiment pour les ressemblances.
Autre critique : c’est quand même hallucinant la manière dont nos jeunes gens débarquent à Fionavar sans vraiment se
remettre en question… Ils s’adaptent très rapidement à ce nouvel univers et à ses règles sans aucun souci : peut-être une capacité spéciale propre aux Canadiens ?
Puis, il y a quand même beaucoup de personnages, beaucoup de choses à comprendre, à retenir, sous peine de passer à côté
d’un élément important de l’histoire. L’auteur nous balance un peu tout à la figure au risque de nous abrutir. D’ailleurs, cette impression de mélange, de désordre, doit venir du fait que Guy
Gavriel Kay s’inspire ouvertement d’autres œuvres bien connues, et sa trilogie, au premier abord, ne semble être qu’un pot-pourri de mythes et légendes existants, et de livres déjà publiés
(Le Seigneur des Anneaux, Les Chroniques de Narnia…).
Mais le Canada, ce n'est pas que le hockey et la feuille d'érable ! C'est aussi le Canadair!
Maintenant ce que j’aime…Bon, j’avoue, j’ai fini la trilogie en 3 jours…Donc j’ai été littéralement aspiré par cette
histoire : on éprouve joie, peine, espoir, enfin, on passe par toute la palette des sentiments, et même si c’est parfois un peu pénible (l’amûûûûr entre Guenièvre et Arthur et
Lancelot…Woot, ce que j’ai trouvé ça lourd !). La trilogie est éminemment épique et la manière d’écrire de Guy Gavriel Kay est particulièrement efficace, même si après trois livres, on
se laisse quand même moins prendre et qu’on commence à trouver ses expressions très répétitives.
Et puis l’univers lui-même est d’une richesse impressionnante (malgré l’inspiration évidente de la légende arthurienne
et la mythologie celtique), avec ses différentes magies (la magie de la Terre, la magie du Cor, etc.), ses différentes races très bien décrites (ah, les Paraiko !), les thèmes abordés
sont intéressants (le contrecoup du pouvoir par exemple), et la trilogie est loin d’être aseptisée : on meurt, on souffre, on viole… Certains passages sont d’ailleurs extrêmement durs,
mais on poursuit sa lecture.
Lancelot, tête de veau! Comment ça, je l'aime pas?
Et malgré la multiplication des personnages, les personnages sont le plus souvent très attachants, très profonds, et
évoluent de manière significative tout au long des chapitres (mention spéciale pour Dave/Davor, Paul/Pwyll et Kevin – surtout ce dernier…). J’ai une préférence marquée pour Diarmuid,
flamboyant, beau parleur, dragueur, tête brûlée, et pourtant, ce que j’ai pleuré…
Enfin, malgré tous ses défauts, La Tapisserie de Fionavar est une trilogie à lire impérativement, parce que
malgré sa facture très classique, elle n’en demeure pas moins riche, captivante et épique. J’ai dit plus tôt que cette trilogie ressemblait à un pot-pourri : effectivement, il y a peu
d’originalité ici, mais l’écriture est efficace, et l’histoire intéressante, alors pourquoi s’en priver ? Oui, je crois que le grand mérite de Guy Gavriel Kay en écrivant sa trilogie a
été de si bien marier l’épopée qu’est La Tapisserie à la description de l’intimité de chaque personnage. Et bé, vous attendez quoi ? Courez à la librairie la plus
proche !
Inga Skaya, Miss Canada 2007 : parce qu'il n'y a pas que les chanteurs de variété, le hockey, les pancakes, les
Canadairs et les rennes au Canada.
Derniers Commentaires