En revanche, sous ses paupières scellées, il vit apparaître une serre de dragon identique à la sienne, un reflet intangible et perverti de l'Echyrion.
Il oscillait à la frontière du Mal et distinguait dans le prolongement de cette main glacée, un Cynwäll corrompu dont les pupilles cendreuses se dilataient pour devenir des gemmes de ténèbres.
Miroir des Abysses, le typhonisme lui montrait l'avenir le plus sombre, son avenir.
La Faille de Kaïber, chap. XXII
Résumé
La forteresse de Kaïber est réputée infranchissable.
Elle est le dernier rempart du monde libre (c’est les gentils) face aux hordes morts-vivants d’Achéron (les méchants). Au sein de la forteresse, toutes les races et nations faisant partie de
l’Alliance de la Lumière entretiennent une garnison. Et parmi ces combattants se trouvent les Elfes Cynwälls, une race ancienne, oubliée de tous, mais qui s’apprête à faire son grand retour sur
le devant de la scène, accompagnée de ses artefacts mystérieux à la puissance terrifiante. Syd, fils du commandant des Cynwälls de Kaïber et guerrier légendaire porteur de l’Echyrion (un bras
mécanique ressemblant à une serre de dragon), vient tout juste de rentrer à la Citadelle et se retrouve tout de suite confronté à un assaut majeur des mors-vivants d’Achéron.
Evidemment, comme Syd, c’est une vraie bête, il n’y a
que lui capable de mener les gentils à la victoire, mais voilà, Syd n’est pas très en forme en ce moment : il est fatigué, troublé. On ne comprend pas vraiment pourquoi, mais Syd est rongé
par le doute et la culpabilité, il y a de sombres pouvoirs qui agitent son âme, et il penche entre le Bien et le Mal, partagé entre le désir de mourir et la volonté de se racheter, de renouer
avec le véritable héritage des Cynwälls, d’être le digne fils de son père. Et il choisit bien son moment pour nous faire sa crise d’ado attardé complexé par l’image du
père…
L’auteur
Mathieu Gaborit, né en 1972, est un écrivain français,
auteur de romans de fantasy et de science-fiction, et je dirai même plus, un des auteurs français les plus connus dans ce domaine. Ses Chroniques des Crépusculaires ont rencontré un
succès non négligeable, de même qu’Abyme. En 1999, il publie les Confessions d’un automate mangeur d’opium, pour lesquels il obtient le prix Bob Morane – Imaginaire 2000 dans la
catégorie « Meilleur roman francophone ». Mathieu Gaborit est avant tout un rôliste : c’est suite à sa collaboration avec le magazine Casus Belli qu’il se tourne vers
l’écriture avec succès. Tellement de succès d’ailleurs que Rackham, le créateur des jeux de figurines comme Confrontation et Rag’Narok), lui demande d’écrire des romans pour
lancer ses nouvelles gammes, notamment les Elfes Cynwälls et les Ophidiens (un genre de grands serpents).
C’est ainsi qu’en 2005, Rackham publie une édition
limitée du roman La Faille de Kaïber dans une zolie bouâte avec une figurine en exclusivité, le bô Syd, Syd le Tourmenté, Syd au bras qui fait peur et au nom qui claque (enfin, moi ça me
fait surtout penser à L’Age de Glace, mais il y en a qui trouve que « Syd », c’est un prénom trop super bien trouvé…). Aujourd’hui, enfin, le livre est disponible à un prix
abordable et sans la figurine. Alors, keski fo en penC ?
Ce que j’en pense
Grmmmph… Dire que j’ai acheté la version collector avec
la figurine (décevante soit dit en passant, d’un point de vue esthétique - voir di-dessus)… Une perte d’argent, j’vous dis… Pourtant, les critiques semblent unanimes ! Je me permets de faire
du copier-coller, pour vous montrer ce qu’on peut en lire sur certains sites :
« Ce premier tome du
Cycle des Ombres est l’occasion pour Mathieu Gaborit de décrire une bataille titanesque, parallèlement aux pensées tortueuses et obscures
de son héros. »
Sur http://www.i-pochefantasy.com
« Epique, terriblement efficace, ce premier
tome du Cycle des Ombres dévoile une nouvelle facette du talent exceptionnel de Mathieu Gaborit. »
Sur http://www.bibliosurf.com
Bon, et bien, je l’avoue, je ne partage pas le
même enthousiasme que ces critiques…
Premièrement, La Faille de Kaïber est le
premier tome du Cycle des Ombres. Or, pour un premier tome, il soulève beaucoup de questions… qui demeurent sans réponse…Alors, c’est un procédé classique dans un
livre de règles pour jeu de figurines, où on nous présente des personnages légendaires, des mythes, où le background demeure volontairement flou pour qu’on ait envie d’en apprendre plus, pour
créer du mystère, etc. Mais ici, ça ne passe pas. Pour plusieurs raisons.
D’abord, parce que Mathieu Gaborit n’a pas la plume de
David Eddings ou de Raymond Feist pour allier avec équilibre narration – action – « psychologie » des personnages – univers. Je ne dis pas que Mathieu Gaborit est un gros nul hein,
attention ! Je suis persuadé que ses autres romans doivent être bien (je n’en ai lu aucun pour le moment), et que les univers qu’il crée sont originaux. Mais ici, ça ne marche pas,
peut-être parce que c’est une œuvre de commande, ce n’est pas une création maison originale.
Ensuite, La Faille de Kaïber, c’est un peu
Fort Alamo (pour ceux qui connaissent ce western indémodable), mais en moins bien. C’est comme si on lisait Le Seigneur des Anneaux, mais sans La Communauté de
l’Anneau, sans Le Retour du Roi, sans une bonne partie des Deux Tours. En fait, comme si on lisait seulement la Bataille du Gouffre de Helm. Le roman de Mathieu Gaborit se
concentre essentiellement sur la défense de la faille, la résistance acharnée des gentils contre les méchants morts-vivants, et tout ce qui aurait pu être développé autour de Syd (l’importance de
l’Echyrion, ses expériences passées, son penchant pour le « côté obscur de la force »…) semble raté. Comme si l’auteur ne parvenait pas à trouver l’équilibre entre l’action frénétique
dans la forteresse et le développement du scénario. Tout cela reste creux.
Au final, ce qu’on retient de Syd, c’est juste qu’ il a un gros complexe vis-à-vis de son père, le grand héros Cynwäll, et qu’il ne parvient pas à se défaire de cette ombre au-dessus de lui.
Quand je vous ai dit que c’était juste une histoire de crise d’ado… S’il y a des freudiens dans la salle, je pense qu’il y a matière à réflexion là. Et c’est la même chose pour les autres
personnages, affublés de noms ronflants et qui « en jettent » : on leur accorde deux trois lignes d’historique, et on les envoie au casse-pipe. Profondeur, quand tu nous tiens…
Ah, et dernière
chose…J’avais pas remarqué, mais j’ai trouvé sur un site une critique d’un lecteur qui relève un point important. La forteresse a été construite pour empêcher le passage des morts-vivants,
onderrière la faille, qui ferait alors office de douve, nos génies l’ont construite devant… pour que les méchants aient plus facilement accès aux murs ? Enfin,
pour être sûr que la faille soit encore plus difficile à défendre, on a construit neuf ponts par-dessus, et on
s’interdit bien évidemment de les détruire au cas où la forteresse tomberait... Bah… Allez
comprendre…
Bon, peut-être que j’exagère un peu, peut-être que je
suis de mauvaise foi parce que j’ai été déçu par la figurine, déçu par le jeu lui-même, déçu par Rackham… Mais je suis certain d’une chose : ce n’est pas un livre impérissable, loin de là.
Quitte à lire un livre qui se concentre sur une seule bataille, autant lire Légende de Gemmel. Là au moins, on n’a pas affaire à un pauvre chouchou à son papa, mais à une vraie légende,
un véritable guerrier, un meneur d’hommes charismatique.
Désolé Syd…
Jérôme
Derniers Commentaires